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JACQUES ATTALI – "Mieux vaut être hypocondriaque, mégalomane et paranoïaque"

Un article rédigé par Sophie Her

LePetitJournal.com de Milan

Mardi 11 mars 2014

 

Jacques Attali intervenait mercredi dernier à la Bocconi de Milan pour présenter son mouvement Pour une économie positive en vue du 1er forum à l’international qui se déroulera les 12 et 13 juin prochains à San Patrignano en Emilie Romagne. Invité par la CFCII à exposer son analyse mais surtout ses propositions pour une économie à visage humain, Jacques Attali a répondu aux interrogations de la communauté d’affaires franco-italienne. 


Un capitalisme à visage humain est-il possible ?

Présenté par Jean-Marc Deshaires, président de la Chambre Française de Commerce et d’Industrie en Italie, comme "un homme de conviction qui a l’ambition de construire un monde meilleur", Jaques Attali a tenté de rendre clair son projet pour le moins ambitieux, de construire une économie positive. "Survivre est angoissant. Je ne suis pas catastrophiste. Car cela voudrait dire que je suis spectateur. Quand on est chef d’entreprise, on est ni optimiste, ni pessimiste. Il faut être à la fois hyponcondriaque, mégalomane et paranoïaque" lance-il de façon à peine provocante. "Regarder les forces et faiblesses, identifier les risques permet de lutter contre le mal que porte l’entreprise. Regarder les choses en face avec méfiance, c’est être prudent. Enfin, il n’y a pas d’autre façon de porter un projet qu’en étant ambitieux", poursuit-il.

Pourtant, Jacques Attali ne cache pas son inquiétude. En France, comme en Italie il y a, dénonce-t-il, une absence de conscience du danger. Même si selon lui, il est naturel de s’intéresser au présent, il faut rappelle-t-il regarder plus loin. Tout le monde a peur : les salariés de se faire licencier, les dirigeants de se faire évincer. Nous vivons, précise-t-il "dans un monde qui fait l’apologie du court terme. Un monde où les consommateurs ne sont plus fidèles aux produits, où les salariés ne sont plus fidèles à leur entreprise et où les citoyens ne sont plus fidèles à leur nation". Une logique suicidaire en somme.

Construire une économie positive pour les générations suivantes

C’est à coups d’allégories au monde du sport et de la vie personnelle que Jacques Attali introduit l’idée de long terme. Une expression qu’il réfute pourtant, et à laquelle il préfère substituer l’idée des générations suivantes. "Une façon plus concrète de sensibiliser les acteurs économiques et politiques d’aujourd’hui pour un monde vivable demain" justifie-t-il. Si de ses 300 propositions pour changer la France proposées en 2008 au gouvernement d'alors, très peu ont été suivies, c’est selon lui par absence de projet personnel de ceux qui auraient pu les porter."Prendre en compte le long terme, c’est aussi penser à la trace qu’on laissera et penser que cette mémoire aura du sens". Et de relancer "si on ne fait pas de projet, si on n’a pas de rêve, on risque de voir la politique prendre le dessus et des dictatures s’emparer des démocraties". 

Concilier la démocratie qui est locale et le marché qui est global

Penser aux générations futures pour une entreprise, c’est entrer dans une démarche de RSE (Responsabilité sociétale des Entreprises). Malheureusement, parfois promouvoir une telle démarche coûte moins cher aux entreprises que des campagnes de communication. Certaines évidemment en profitent. Mais ce n’est néanmoins pas toujours le cas. Certaines ont une démarche sincère. Et c’est le propre des ONG rappelle Attali. Pour lui, "les règles doivent être fixées pour le marché, comme pour les nations ; la difficulté c’est que démocratie est locale et le marché est global" et d’ajouter "la chambre des députés pense au présent, le sénat tientcompte du territoire. Il faudrait une chambre qui parle au nom des générations futures et qui devra donner un avis sur ce que penseront les électeurs dans 30 ans. Ainsi, tout citoyen pourrait saisir la cour constitutionnelle si une loi n’était pas approuvée par cette chambre". Plus qu’une proposition semble-t-il, un projet auquel travaille Attali et son équipe et qui aurait même reçu l’approbation de l’actuel Président de la République.

Le mouvement pour l’Economie Positive commencera sa tournée internationale en Italie

En 2012, le groupe PlaNet Finance fondé par Jacques Attali et Arnaud Ventura, a lancé le Mouvement pour une économie positive, avec en point d’orgue une rencontre et les témoignages de chefs d’entreprises, d’acteurs de la sphère sociale et humanitaire, de politiques du monde entier duquel il a été produit un rapport. Ce dernier propose notamment un classement des pays de l’OCDE selon des indices de "bien-vivre". La Suède arrive en tête ; la France occupe la 19è position et l’Italie la 32è. Ce rapport disponible sur internet sera prochainement disponible en italien. Le mouvement se décline désormais dans le monde entier. Le premier rendez-vous à l’international se tiendra les 12 et 13 juin à San Patrignano, dans la province de Rimini. 

Durant ces deux jours, pas moins d’une cinquantaine d’orateurs internationaux d’universités, d’entreprises, d’institutions et de la société civile interviendront sur des thèmes comme le nouveau bien-être, le rôle des Etats et des banques dans le domaine des services sociaux, la formation des jeunes pour imaginer un nouveau modèle économique pour les générations futures. Plus de 1.500 personnes sont attendues. En tant qu’exemple d'entreprise sociale et promoteur de nouveaux instruments économiques et financiers, San Patrignano s’est imposée comme plate-forme idéale pour promouvoir les valeurs du Mouvement pour l'économie positive. Pour Antonio Tinelli, coordinateur de la commission sociale de la Communauté de San Patrignano "La rencontre de juin sera une grande opportunité pour stimuler et déclencher des changements macro et micro aussi dans le système italien".

"L'économie positive, déclare Jacques Attali, est une économie qui réoriente le capitalisme vers des défis sur le long terme. Elle tient compte des générations futures dans toutes les activités humaines, qu'elles soient économiques ou non".

Une rencontre à Québec suivra du 3 au 5 mars 2015.