Sélectionner une page
Tradition et innovation

Tradition et innovation

Le marché italien, en phase de reprise, offre aux entreprises françaises des possibilités intéressantes dans les hautes technologies, le numérique ou encore l’agroalimentaire. La complémentarité entre nos économies et nos entreprises favorise la réussite des projets de collaboration.

 

Le marché italien reste un débouché important pour nos entreprises du fait de sa taille   (60 millions   de personnes, dont une large partie au Nord-Est et au Nord- Ouest, avec un très fort pouvoir  d’achat,  du  niveau  de l’Ile-de-France). Il s’agit de notre second partenaire, si l’on cumule import et export. Cependant la récession  passée  et la faible  croissance  continuent à en faire  un  marché  difficile et largement mature  sur  lequel on ne peut guère  atteindre des taux de croissance élevés… sauf cas exceptionnels qui existent. Il faut donc pour nos producteurs de biens de consommation être créatifs et réceptifs aux attentes et habitudes souvent différentes de celles des consommateurs français. L’origine française est rarement suffisante en soi pour vendre et la massification n’est pas appréciée alors qu’il faut au contraire répondre à des désirs parfois contradictoires tels que classicisme et tradition (un produit alimentaire par exemple ne doit pas vraiment paraître « industriel » et  les  rappels aux bienfaits de la nature, du bon, du sain, du territoire  et des recettes de « grand-mère » constituent de vrais « plus » appréciés) ou au contraire de nouveautés très marquées design, mais aussi confort, qualité et innovation. Dans ces derniers cas, l’aspect « mode » et « branché » est très important et doit être travaillé avec des investissements locaux.

Nous ne pouvons que conseiller des stratégies orientées vers la qualité des produits  plutôt que sur les volumes ainsi qu’une adaptation des produits proposés au marché italien. Cela signifie de disposer du temps et d’une présence sur place. Rien n’est facile, mais en cas de succès, l’effet « boule de neige » peut être important, surtout à un moment où après la  crise  « consommer »  et  se « faire plaisir » redeviennent socialement  possibles.

 

Que peuvent faire nos entreprises sur le marché italien ?

Concernant les producteurs de biens durables destinés aux entreprises et aux investissements, la  reprise  amène progressivement une relance de l’investissement privé et avec l’aide de l’Europe (l’Italie est le premier bénéficiaire du plan Junker avec 15 % du total et 27 milliards d’euros d’investissements). On observe aussi le lancement de projets d’infrastructures dont le pays a bien besoin. Dans ce dernier domaine on peut citer les financements de la BEI concernant les secteurs suivants : énergie, infrastructures publiques   (haut   débit,   compteurs à gaz intelligents, trains,…), numérique, agriculture… Autant de secteurs qui créent des opportunités. Il est important de toujours conserver à l’esprit que l’Italie est resté un pays industriel (le mot ne fait pas peur, et on y aime l’industrie et ses produits à tous les niveaux) et largement exportateur avec de très nombreuses petites et moyennes entreprises. Les forces de celles-ci sont : 1) les process industriels efficaces, 2) la flexibilité et l’écoute continue des besoins du client, 3) le design perçu comme aussi important que le contenu technique. Ces entreprises sont rarement  intégrées et savent toujours travailler avec des sous-traitants ou en collaboration avec d’autres dans de gros projets ou à l’étranger lorsqu’elles ne sont pas présentes.

Nous ne pouvons donc que conseiller de :

  • Suivre les grands projets d’infrastructure ou d’investissements des entreprises italiennes (en Italie ou ailleurs).
  • Se rappeler que les entreprises italiennes recherchent toujours des sous-traitants ou partenaires pour leurs opérations italiennes ou étrangères. La  collaboration   (toujours et pragmatiquement de type « gagnant-gagnant ») est inscrite dans les gènes de l’entrepreneur
  • Les collaborations se préparent et se travaillent dans le temps, via des contacts physiques et personne
  • Les opportunités concernent les produits finaux et les forces commerciales, mais également et fortement la R&D, les développements IT, le numérique où les services associés pour lesquels les groupes italiens sont parfois mal préparés (ou de taille trop petite pour être efficaces).

Quelques idées de collaboration

Le lancement du « French Tech où nous sommes le premier investisseur étranger depuis des années. On est plutôt axé en Italie sur le Medium Tech, mais en tant qu’industriels, on sait que la technologie est essentielle pour demain.

Nos  grandes  entreprises  technologiques y ont déjà une position forte et ont les moyens de la développer sur ce marché important  et  vivace  grâce  à l’export. Si la crise y a été fortement ressentie, et la baisse du PNB longue et importante, la croissance est repartie (même si elle est encore faible, et inégale avec de vraies positions fortes dans le Nord) et les collaborations  technologiques  de  plus en plus appréciées. Une longue expérience  en  Italie  amène  à faire les réflexions suivantes : Depuis longtemps nous sommes nombreux en Italie à être convaincus de la réelle complémentarité (entreprises, produits et capacités managériales) existante entre  les  entreprises et entrepreneurs français et italiens (au moins celles et ceux de tailles petites et moyennes) qui peuvent rapidement trouver intérêt à collaborer, puisque leurs vrais compétiteurs sont ailleurs  et  disposent   souvent de moyens plus importants. Outre ses grands  groupes  et sa force dans les technologies classiques de pointe et les services  en  général,  notre  pays– vu de l’Italie – a aujourd’hui une vraie capacité dans les nouvelles technologies (numérique, e-commerce, technologies,…) qu’il peut et doit développer en Italie. Le marché n’y est pas facile (et ne l’a pas été ces dernières années), mais il bouge à nouveau et est friand de    nouveautés     techniques. Le moment est favorable pour nos  startups  et  petites  entreprises technologiques qui veulent entrer sur le marché italien. C’est aussi  maintenant que peuvent se constituer de nouveaux groupes européens franco-italiens fonctionnant de manière collaborative, ce qui fonctionne déjà par  exemple pour quelques groupes de luxe. L’Italie a des spécificités et en particulier un export largement concentré sur la mécanique, les biens de la personne et de la maison et l’agroalimentaire. Il faut en tenir compte. Tout en insistant sur l’importance du numérique, de  l’e-commerce et de la haute technologie, il faut aussi considérer deux domaines essentiels pour l’Italie : l’alimentaire et la mode / le luxe. Après le succès de l’Exposition  universelle  2015  consacrée à l’alimentation, Milan veut maintenant se concentrer sur le Food Tech  et y devenir une référence mondiale et européenne grâce à l’attrait  de ses produits alimentaires bien perçus et souvent à la mode au niveau mondial. Ce terme, déjà important aux États-Unis, est mis en avant à Milan : investissement de la commune de Milan sur le site de l’ancienne Exposition universelle et développement d’un salon mondial. Ainsi se prépare la troisième édition en mai 2017 du salon évènement Seeds and Chips qui aura lieu à l’occasion du salon Tutto Food. Il apparaît intéressant d’associer en Italie la France à ce concept. Ce devrait être la bonne occasion de présenter en Italie nos forces, produits et spécialités… hors des compétitions et chauvinisme habituels dans un bel esprit de collaboration  franco-italienne.

 

La résilience  de l’industrie

Une autre spécificité italienne réside dans la force (on pourrait dire résilience) de son système industriel. Celui-ci reste fort et créatif : ses forces sont le « process industriel » original, associé au refus du volume pour se consacrer à la valeur ajoutée, la niche  de  marché et la transformation/adaptation continue du produit en fonction des besoins du client et  du  marché.   En   refusant le Low-Cost ou Low-Tech, et à côté du High-Tech, l’Italie parle souvent du Medium Tech, créateur également de valeur. De même au terme startup, on y associe régulièrement le terme de Restart, qui signifie utiliser un savoir-faire  ou  une  technologie existante pour la développer dans de nouveaux domaines. Il apparaît donc intéressant de réfléchir à des collaborations positives entre créativité française (services, IT, numérique, e-commerce, …) et  créativité italienne (design et process industriel) pour produire ensemble des produits et services nouveaux et connectés couvrant bien la  demande… et éviter parfois le recours à des productions chinoises, coréennes ou américaines dans certaines solutions de nos startups pour la partie technique. Pas simple certes, mais positif en termes  de  communication et challenge original et positif pour le « French Tech Milano Hub ».

On  peut   donc   imaginer   à côté ou avec le « French Tech Milano Hub » :

  • Inciter de jeunes entrepreneurs, startups et petites entreprises à aborder plus rapidement et plus efficacement le marché italie
  • Développer et mieux présenter notre spécificité Food C’est un domaine de pointe et d’avenir, et nous devons nous y montrer fort chez notre second partenaire.
  • Redonner à nos entreprises grâce au concept du « French Tech Milano Hub » une image positive et constituer un point de rencontre entre les créati- vités françaises et italiennes pour se connecter et dévelop- per ensemble  concrètement des objets et projets, profi  des forces de chacun et en par- ticulier la capacité industrielle hyper souple et fl xible On peut souligner que le mo- dèle italien d’entreprises pe- tites et familiales est souvent assez proche du modèle startup dans son fonctionnement.

 

Nicolas DIERS, Vice-président de la CCI France Italie et Vice-président du Comité Italie des CCE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Medium-Tech versus High-Tech

Constatation faite en Italie : si les États-Unis sont leaders dans le High-Tech, et la Chine ou la Corée – bien que progressant rapidement dans la High-Tech – le sont dans le Low-Tech ou le Low-Cost des grandes séries, l’Europe (et en particulier ses bases industrielles en Allemagne et en Italie) reste encore leader incontesté dans le Medium-Tech. Celui-ci reste vaste et permet de vendre cher des produits de qualité : machines-outils, produits de luxe, voitures haut de gamme, produits alimentaires transformés sains, installations réduisant les nuisances industrielles, …

Ces produits européens utilisent un savoir-faire reconnu alliant qualité, recherche continue, design, réactivité, évolution des process industriels … correspondant à un vrai Know How complexe permettant de la création de valeur même s’ils ne sont pas considérés High-Tech.

Dans cette optique la capacité italienne (en particulier sur des marchés de niche où les volumes réduits n’intéressent pas les Asiatiques) est recherchée aujourd’hui par les Allemands, Américains ou Chinois qui achètent des sociétés ou utilisent cette capacité technique pour développer des process nouveaux correspondant à des innovations ou des petites séries.

Dans le même état d’esprit, cette réactivité technique est utilisée pour relancer des techniques existantes et Know How spécifiques dans de nouveaux domaines d’application. On appelle cela en Italie le Restart et il est favorisé et mis en avant au même titre que le sont les startups.

Les exemples sont assez nombreux et originaux. Relance de marques mortes (par exemple Monclair et K-Way). Utilisation de Know How anciens (on ne fabrique plus de chaussures à Vigevano ou de chaises dans la Vénétie, mais Vigevano reste leader mondial dans le design et la fabrication de machines pour la chaussure, et les entreprises de Vénétie fournissent en bois et technologie tous les fabricants de meubles chinois…). Spécialisation dans le design ou les tâches nobles, … permettent ainsi de maintenir de nombreux emplois même si l’industrie de départ a disparu.

Idem pour la capacité à unir dans un produit final : mécanique, électronique et numérique même s’il manque encore parfois la notion de services dans la durée. Peut-être quelques idées de Restart industriels et collaborations dans l’évolution de produits et services.

 

 

Créer le concept de la FOOD TECH

Dans un monde qui change rapidement, les attentes des jeunes générations sont naturellement très différentes de celles du passé. Parmi celles-ci, l’approche à l’alimentation change profondément, et la « Millennials Generation » est devenue aux États-Unis et en Europe la première qui dépense plus pour se nourrir que pour se vêtir (rentrent bien sûr ici les achats dans les supermarchés mais également les achats de nourriture, boissons et repas dans les bars, restaurants et autres supports de livraison à domicile).

Vraie révolution dans laquelle on est de plus en plus attentif au produit, à ses caractéristiques, origines, impact sur la planète, aux allergies… (du local, du vrai, du sain, du convivial… que l’on peut préparer soi-même, partager, customiser, …).

Dans la droite ligne de ces besoins nouveaux, le concept Food Tech recouvre donc quelque chose de très vaste allant des techniques de production – par exemple hors sol sur place –, de l’information disponible à tout moment sur le produit, sa traçabilité, sa transformation saine, sa livraison, sa distribution … avec toutes les possibles issues du numérique, du e-commerce et de la technologie (3D) et des services spécifiques en création. Les grands groupes américains (Google, Apple, Microsoft, Amazon, Uber, …) conscients des volumes financiers sous-jacents y sont déjà très présents …, cherchent des développements et y investissent beaucoup.

L’Italie dont l’alimentation est fondée sur la qualité du produit (plus que sur le rôle du cuisinier) est déjà très sensibilisée à ces besoins nouveaux.

Les concepts Slow Food et Eat’aly ont acquis une force mondiale avec l’attrait du bio et du Km 0, des produits à image artisanale ou vintage et surtout peu industriels. Avec une distribution où l’hyper est en perte de vitesse accélérée au bénéfice de formules nouvelles plus petites et différentes.

De nouveaux concepts de restauration se développent pour les jeunes (« apéritifs » milanais, …).

Nos groupes alimentaires (grands et petits qu’ils soient dans le cycle alimentaire ou dans la technique tels que Seb et la grande distribution) sont très souvent à l’avant-garde technique, mais restent parfois méconnus du grand public italien derrière une cuisine superbe de cuisiniers … dans  un cadre formel mettant moins en valeur les produits et les techniques qui pourraient être mieux promus. Nous sommes en pointe dans ces domaines et devons le faire savoir.

 

 

 

Nicolas DIERS, Vice-président de la CCI France Italie et Vice-président du Comité Italie des CCE

 

 

 

 

 

 

ITALIE – La reprise va-t-elle se poursuivre ?

ITALIE – La reprise va-t-elle se poursuivre ?

La crise a été longue, difficile et réelle. Le retour de la croissance a enfin apporté une amélioration du pouvoir d’achat des familles et des comptes des entreprises privées et de l’État. Ceci devrait permettre de regarder avec un peu moins d’émotivité et sans doute plus de réalisme les perspectives et la santé du marché italien.

 

Le dernier trimestre 2016 a été marqué par l’inquiétude et l’attente  concernant les  résultats  du référendum constitutionnel transformé en un plébiscite pour ou contre le gouvernement Renzi. Le résultat nettement négatif (attendu, même si ce désaveu peut surprendre), suivi du départ immédiat de Matteo Renzi, a marqué les esprits en interne, et… encore plus profondément à l’extérieur parmi les décideurs économiques. L’Italie allait-elle retomber dans ses excès du passé ou les incertitudes de l’inaction ou du populisme ?

Dans l’ambiance générale compliquée de ce  début 2017, il n’est pas facile d’y répondre avec certitude, mais plusieurs éléments sont intervenus ces  derniers  mois qui devraient tranquilliser l’investisseur en Italie malgré cette nouvelle  instabilité  politique. La situation a évolué de façon plutôt favorable en 2016 et début 2017.

Comme cela a déjà eu lieu à plusieurs reprises en Italie… le pire n’est pas intervenu et le pays est gouverné avec un nouveau Premier ministre, Paolo Gentiloni, proche du précédent et dirigeant une équipe quasi identique. Il pourrait même rester plus longtemps que prévu (fin 2017 ou même jusqu’à l’échéance normale du Parlement en 2018) si les partis traditionnels y trouveront de l’intérêt ce qui semble probable. Moins dynamique en termes de communication que son prédécesseur, le nouveau Premier ministre ne va pas accélérer le rythme des réformes, mais au moins consolider celles importantes et réelles déjà faites (en particulier celles sur le marché du travail dont la constitutionalité vient d’être confirmée). Ses principales missions vont être de définir et proposer une loi électorale consensuelle et capable de conduire à une majorité claire et ensuite de parfaire la restructuration du système bancaire et le sécuriser.

Les dernières statistiques de l’Istat confirment la reprise en 2016 de la consommation des familles (+1,6 %) et de leurs investissements (+3,4 %) grâce à l’augmentation de leur pouvoir d’achat d’environ 2,8 %. Y ont contribué la reprise et le niveau très bas des taux d’intérêt, mais   certainement également les 600 000 postes supplémentaires de travail permis par le « Job’s Act» depuis 2015 (chômage en baisse depuis 2015) et pour la première fois depuis des années une politique fiscale moins agressive et une première diminution de la charge fiscale (de 40,9 % à 40,7 %). Peu perçu, il semble également selon l’Istat que le Sud soit pour la première fois depuis longtemps concerné par l’amélioration (certes plus faiblement que le Nord) et qu’après des années noires d’augmentation, l’indice des populations en situation de pauvreté sévère (i deprivati) soit enfin en baisse.

 

Un pouvoir d’achat qui progresse

De la même façon, selon l’Istat, les comptes publics ont poursuivi leur (lente) amélioration avec un déficit passé de 2,6 % à 2,3 % du Pib qui rend possible une prochaine diminution de la dette. C’est dû aux taux d’intérêt, mais pas uniquement puisqu’il y a depuis des années un surplus de bilan avant le coût de la dette et que celui-ci progresse même en 2016. La position des entreprises privées s’améliore également avec une valeur ajoutée en hausse de 3,5 % en 2016 et des investissements de l’ordre de 2,6 %.

D’autres éléments favorables concernent la reprise de l’export en 2016 (autour de 2,5 %) compensant enfin le fort  effet sur l’Italie des sanctions à la Russie et la baisse des achats de certains  pays  méditerranéens en difficultés. Les entreprises italiennes n’avaient eu depuis 2008 aucun autre choix que d’exporter : ce fut un succès, mais des craintes étaient apparues depuis 2015 et l’export stagnait. Rappelons les secteurs forts du  pays :  la  mécanique et les machines-outils, l’équipement de la maison et de la personne et l’alimentaire auxquels s’ajoutent   maintenant les produits pharmaceutiques pour lesquels l’Italie devient un hub européen. Il s’agit surtout de secteurs traditionnels,  mais en se consacrant  aux  produits de niche et à valeur ajoutée plutôt qu’à faire du volume, l’Italie parvient à un excédent très   important    proche    de 100 milliards d’euros en Europe et hors d’Europe. Simultanément et cela reste peu perçu, le marché des fusions et acquisitions a connu une grande année 2016 en Italie. Avec un taux de croissance en volume de 35,3 %, unique en Europe, alors que l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne sont en baisse sensible, il démontre l’intérêt de l’étranger vers l’Italie : pour son know how mais aussi son marché. Mais cela montre aussi à nouveau l’intérêt de l’Italie vers l’étranger et la France en particulier, citons les achats récents  faits par Campari, Lavazza, Aéroport de Rome, Fincantieri  entre autres. La  dernière  opération est emblématique avec la fusion annoncée  entre  Luxottica et Essilor faites « entre égaux » qui démontre ce que nous annoncions depuis des années concernant la complémentarité naturelle entre nos entreprises et l’intérêt de développer les collaborations  dans  le  cadre  d’un marché toujours plus européen. Le lancement du French Tech Milano Hub a été une excellente nouvelle de l’année 2016. Il souligne bien l’importance des relations avec l’Italie notre second partenaire, et la présence française sur un marché où nous sommes le premier investisseur étranger  depuis  des  années. On est plutôt axé en Italie sur le Medium Tech, mais en tant qu’industriels, on sait que la technologie est essentielle pour demain.

En conclusion, les blessures de la longue récession connue par l’Italie n’ont pas disparu, mais la cicatrisation est en bonne voie. Il reste clair cependant que les incertitudes amènent pour l’instant des prévisions de croissance en baisse plus proches de 0,8 % que de 1 %. Les risques au cours de l’année qui vient sont de deux types politiques et financiers.

 

Risque d’instabilité politique ?

L’Italie suit le mouvement actuel de surprises (Espagne ingouvernable, Brexit, élections américaines…) et l’a même peut-être devancé puisqu’avec l’élection de Silvio Berlusconi il y a des années (self-made man venu du monde immobilier et des médias) elle a une certaine expérience.

Cependant l’Italie est toujours parvenue à gérer des situations perçues ailleurs comme impossibles (souvent avec l’aide de la Banque d’Italie) et le Parti « 5 Stelle » paraît avoir des difficultés sérieuses à Rome, ce qui pourrait le freiner dans le futur. Reste que quatre partis importants, cela ne facilite pas les majorités stables et crée surtout des majorités d’opposition non créatrices (celle sur le référendum par exemple). Le   risque   majeur   concerne aujourd’hui      probablement le Parti « 5 Stelle », créé pour démontrer que l’on peut faire un parti politique puissant à faible coût grâce à  Internet (démonstration réussie… à méditer)… même si on n’a pas d’idéologie claire derrière soi. Le fondateur, Gianroberto Casaleggio, est décédé et Beppe Grillo est bien seul, fantasque et non préparé (dans une vision française)   pour   diriger et orienter un parti devenu rassemblement de nombreux opportunistes.

Reste que le risque de nouvel immobilisme existe réellement : dans ce cadre-là, l’Italie une nouvelle fois aura besoin d’une Europe forte capable de lui imposer des contraintes et des décisions… Espérons que celle-ci comprendra son intérêt et ne décidera pas au contraire de forcer l’Italie à quitter l’UE  au risque de  casser  définitivement l’Europe  elle-même  et  sans doute l’Italie qui présente un équilibre  compliqué  entre Nord et Sud.

 

Un système bancaire fragile

Le système bancaire italien est dispersé et affaibli : il a souffert de la crise et ses problèmes n’ont pas été réglés en temps utiles comme ils le furent en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Irlande grâce à des aides massives des États. Ce fut une grande erreur de Silvio Berlusconi et de ses successeurs qui n’ont pas voulu accroître la dette publique, mais aussi des banquiers qui n’ont pas voulu laisser le capital et la direction aux pouvoirs publics (quels qu’ils soient). C’est un vrai problème connu au  moins  depuis sept ans : il ne s’agit pas de l’endettement des particuliers (peu élevé) mais de l’endettement des PME qui  a  été  mal ou non géré, et d’une absence totale d’investissements pour affronter un changement radical du métier  de  banquier  à l’ère digitale. Le dernier gouvernement a commencé à  gérer le problème : il y a encore à faire et il faut espérer que l’Union européenne  laissera l’Italie le gérer. Dans tous les cas, le nombre de banques est appelé à  diminuer  fortement et le capital réel en main de nombreux actionnaires plutôt réduit.

Le problème est gérable… sachant que le risque pour le pays est de deux natures. Faire tomber une ou plusieurs banques coûterait cher à tous en Italie et en Europe et n’améliorera pas la confiance. Plus important une crise de confiance dans l’Italie pourrait sous la pression des sociétés de rating faire monter le coût du spread. Il ferait augmenter le coût de la dette de l’État, et en conséquence celui du refinancement des banques et donc des entreprises. Il s’agit du risque majeur pour l’économie. Pour imaginer le prix, sachez que pour l’Italie, qui a une dette de 2 200 milliards d’euros, un différentiel de 100 BP coûterait ainsi grosso modo  autour  de 22 milliards à l’État et ensuite au moins autant aux banques et aux entreprises. Dur de survivre à un spread de 450 BP tel que celui qu’avait connu Silvio Berlusconi. Pour mémoire rappelons-nous que beaucoup de banques régionales allemandes ne vont pas bien, mais que sans spread… elles survivent facilement.

2017 sera donc une nouvelle année difficile et intéressante compte tenu des inquiétudes issues de l’environnement politique plus instable, et de premières estimations de croissance modestes.

L’Italie reste donc pour nous français un marché complexe, mais nous ne pouvons pas ignorer que les bases sont aujourd’hui meilleures et que ce que nous conseillons depuis quelques années se vérifie : de vraies opportunités d’achat et de bonnes possibilités de collaboration positive efficace dues à de vraies complémentarités (Essilor Luxottica). Nos deux marchés restent importants  pour  chacune  des deux parties : rappelons que selon les statistiques export italiennes – différentes des nôtres – le marché français constitue le premier excédent mondial de l’Italie, ce qui en fait une priorité pour les entrepreneurs italiens qui continuent à y engranger des succès. Il y a un challenge pour nous à faire aussi bien. C’est peut-être maintenant que peuvent se constituer de nouveaux groupes européens supranationaux ou franco-italiens petits ou grands… ce qui fonctionne d’ailleurs déjà et avec succès au sein de quelques groupes de luxe. Cette présentation collaborative reste d’ailleurs à privilégier puisque les achats de groupes français en Italie font encore peur et amènent curieusement encore et régulièrement des réactions vives sur l’« invasion française »… alors qu’à chaque fois le résultat a été très positif pour toutes les parties.

Sans doute encore utile d’apprendre à se  connaître, reconnaître  nos  différences, de fait créatrices, et mieux communiquer pour nous français sur ce que nous sommes. Les CCE  Italie peuvent bien sûr y contribuer.

 

Nicolas DIERS, Vice-président de la CCI France Italie et Vice-président du Comité Italie des CCE

 

 

 

 

 

 

Save the Date, le Dîner de Gala de la Chambre

Save the Date, le Dîner de Gala de la Chambre

Le Dîner de Gala de la CCI France Italie –  Camera di Commercio se tiendra le 14 juin 2018 dans le prestigieux espace de UniCredit Pavilion en la présence de S.E. Christian Masset, Ambassadeur de France en Italie, Vincent Guitton, Ministre Conseiller pour les Affaires Economiques auprès de l’Ambassade de France en Italie et Cyrille Rogeau, Consul Général de France à Milan.

Invité d’honneur de la soirée, Jean Pierre Mustier, Administrateur Délégué de UniCredit, adhérent de la Chambre et membre du Cercle d’Affaires.

La 15éme édition du Dîner de Gala verra la participation de plus de 300 entrepreneurs de la communauté économique franco-italienne et la présence des Institutions.

Au cours de la soirée seront remis les Trophées aux entreprises françaises et italiennes qui se sont particulièrement distinguées pour leurs investissements et leurs actions visant au développement et aux échanges économiques entre la France et l’Italie.

Cocktail d’Affaires à Turin

Cocktail d’Affaires à Turin

Le 13 mars dernier il a eu lieu à Turin dans le siège de CAMERA, le cocktail d’Affaires organisé avec le parrainage du Consulat Général de France à Milan et organisé avec le support de la CCI France Italie et de Business France. Le Consule Général de France à Milan, Cyrille Rogeau et Emanuele Chieli, Consul honoraire à Turin et Réprésentant Consulaire de la Chambre dans le Piémont, ont accueilli les grandes Entreprises du territoire avec l’objectif de créer du networking et promouvoir le création d’emploi.

 

Interview à Graziella Gavezotti, Presidente de EDENRED Italia s.r.l.

Interview à Graziella Gavezotti, Presidente de EDENRED Italia s.r.l.

EDENRED a récemment rejoint, en qualité de Membre Gold, la CCI France Italie avec qui elle a démarré une collaboration fructueuse et stimulante. D’après vous, qu’est-ce que la Chambre peut apporter à de grandes entreprises comme EDENRED ?

 

La Chambre représente pour notre Groupe non seulement un « discussant » privilégié sur des thèmes d’actualité, notamment dans le domaine socio-économique, mais aussi un point de référence culturel très important.

De plus, la Chambre favorise la continuité d’un réseau de relations parmi des entreprises ayant des origines et, parfois, des problématiques communes dont il est possible de discuter et en tirer, par conséquent, des effets positifs.

En bref, je définirai la Chambre comme un « troisième lieu » de partage amical et d’humanité accueillante.

 

De quelle manière EDENRED a-t-elle su s’adapter et se réinventer par rapport à la compétition internationale d’autres acteurs dans le secteur des services aux entreprises, et notamment dans celui de la distribution des Ticket Restaurant ?

 

Edenred est la nouvelle enseigne de l’entreprise qui a inventé Ticket Restaurant il y a plus de 50 ans.

Nous sommes entrés en Bourse en 2010 avec un nouveau plan industriel et avons misé sur la transformation digitale de nos services ainsi que sur la diversification des produits.

À ce jour, 45% de nos clients fait usage de cartes à microchip et paie par iPhone et Android.

En ce qui concerne la diversification, notre portefeuille comprend trois offres qui remportent un grand succès :

 

  • UTA FUEL CARD, une carte essence qui favorise la récupération automatique de la TVA avec une seule facture mensuelle ;
  • EXPENDIA SMART, une carte de paiement Mastercard pour la gestion des frais extérieurs à l’entreprise, note de frais automatiques, real time reconciliation, contrôle et sécurité de toute transaction ;
  • EDENRED WELFARE, une plateforme de services exemptés à 100% d’après la nouvelle normative introduite par la Loi de Stabilité de 2016.

 

Dès que nous avons changé de nom et d’actionnariat et que nous nous sommes donc transformés d’Accor en Edenred, nous avons entraîné plein de changements toujours sous l’enseigne de l’innovation et d’un service d’excellence pour tous nos clients et partenaires !

 

Comment décririez-vous votre expérience en tant qu’Administrateur Indépendant au sein du Conseil d’Administration du Groupe industriel français VINCI ?

 

En un mot : extrêmement enrichissante et enthousiasmante aux niveaux personnel et professionnel.

Je suis très orgueilleuse d’avoir l’opportunité de faire partie du Conseil d’Administration du leader mondial dans le secteur des constructions, des concessions autoroutières et aéroportuaires et des services de l’énergie.

Le Groupe Vinci représente une source d’apprentissage et inspiration continuels aux niveaux de l’innovation, du management, de la stratégie.

La présence des femmes dans le Conseil (46%) et la diversité culturelle et professionnelle de ses Administrateurs représentent un signal d’ouverture significatif au niveau du management.

Edenred et Vinci ne partagent bien évidemment pas de thématiques communes, j’essaie néanmoins d’adopter le même pragmatisme et un logique bon sens qui sont nécessaires dans chaque décision de business, en évaluant les risques et les opportunités.